Les
Suisses me répondent. Enfin. Ils n’existent que lorsqu’on les attaque
(et encore). Les Suisses, enfin un peu réveillés, un peu secoués me
répondent : la France ferait mieux de balayer devant chez elle
plutôt que de nous donner des leçons de morale antinazie. Et là, je ne suis pas content parce que je me dis que les Suisses n’ont (encore) rien compris.
Tous les Suisses n’ont hélas pas la chance de posséder l’acuité intellectuelle de feu mon ami Jacques Chessex. Alors j’y vais, je réponds à mes ennemis Suisses (car les Suisses ne sont pas mes amis) : la France était entrée officiellement en Collaboration. La France avait choisi le camp de l’immonde et du crime. C’était entériné. C’était officiel et officialisé. La France avait décidé d’être la France du Maréchal et de Pétain. Ce qui n’empêchait pas une autre France d’habiter dessous cette France nazifiée, nazifière, naziphile : celle de Jean Moulin et de ses amis de l’ombre. Mais la Suisse, elle, n’a pas « collaboré » ; elle n’est pas entrée dans la Collaboration. Elle est soi-disant restée dans sa neutralité. Elle est soi-disant restée neutre. Pendant que la France, indignement, affichait son soutien sans faille à l’Allemagne hitlérienne, la Suisse prétendait, elle, incarner comme à son habitude la neutralité qui avait fait sa réputation. Elle campait, presque contente d’elle-même, et même particulièrement contente d’elle-même, sur sa « neutralité » affichée. Vantée.
Ce que je veux dire aujourd’hui, sans me dégonfler une seconde, et tant pis pour ce que je reçois en retour de courrier, c’est que la Suisse, contrairement à la France (qui a fini douloureusement par accepter de le faire) n’a jamais supporté de regarder ses crimes en face. La Suisse déteste avoir honte – comme on la comprend. Il n’y avait pas en Suisse de criminels de guerre. Est-ce pour autant qu’il n’y eut pas de crimes de guerre ? Personne, en Suisse, pendant la guerre, ne s’est-il jamais enrichi sur la mort des juifs ?
La Suisse, je le concède évidemment, n’a pas été un pays de bourreaux. Juste un pays de salauds. La nuance est importante. Mais qu’on ne vienne pas me seriner avec les exemples de tous les Justes qui ont eu, ont toujours la nationalité suisse. Les Justes ne font pas partie d’un pays. Ils font partie de l’humanité. Ce ne sont pas des Suisses, avec des intérêts suisses, avec des intérêts nationaux suisses, avec des intérêts financiers, bancaires et économiques suisses qui ont sauvé des juifs : ce sont des hommes. Ce sont des hommes humains qui ont sauvé d’autres hommes humains.
La Suisse a pu se persuader qu’en remboursant, à coups de milliards, les familles des déportés qui, avant de partir vers la mort, avaient fait confiance à la neutralité de ce joli pays montagneux et sérieux, elle allait résoudre le problème. Son problème. Payer, cela évite de prendre conscience. Cela évite d’avoir à se poser les questions qui fâchent. Les questions qui abîment. Les questions qui tuent. On résout toujours tout avec l’argent, en Suisse. C’est une manie. Le silence est toujours d’or, en Suisse.
La Suisse a tenté de nous faire accroire (mais nous n’avons pas marché dans la combine) qu’elle avait voulu la transparence absolue en lançant, en finançant (ça, elle sait faire) une commission (la Commission Bergier) pour faire toute la lumière sur son passé avec l’Allemagne du Troisième Reich. C’est un euphémisme, je crois bien, que de prétendre qu’on a très peu parlé du rapport de cette commission. On a fait semblant d’en parler : on a murmuré les conclusions affligeantes de ce rapport. Il s’est même évidemment trouvé de bons citoyens suisses pour critiquer ce travail pourtant supervisé, si ma mémoire est bonne, par l’historien Saül Frieländer dont la probité et la valeur intellectuelles, en plus de la réputation d’historien spécialisé dans cette période, sont unanimement reconnues dans le monde entier (sauf peut-être en Suisse, mais la Suisse est neutre, elle est ailleurs, elle n’est pas vraiment dans le monde, elle est dans le monde mais pas très).
Mépris des banques suisses envers les déportés, envers la mémoire des déportés disparus, arrogance inouïe. Il faut de temps en temps rappeler tout cela à la Suisse. Il faut régulièrement taper sur les doigts de la Suisse quand ce sont des doigts de délateur, quand ce sont des doigts qui pointent et qui dénoncent, quand ce sont des doigts trempés dans le sang des juifs.
J’avoue que la position suisse, à la fois géographique et politique n’était pas spécialement aisée pendant la guerre : la Suisse était encerclée de toutes parts, de tous bords, comme en un étau. Il faut avoir l’honnêteté intellectuelle de l’admettre. Il était impossible de ne pas avoir d’échanges avec ces pays (c’eût été l’asphyxie économique totale). La Suisse vivait dans une complexité stratégique évidente. Evidente. Et le gouvernement suisse a dû penser, avant toute chose, au sort suisse de la population suisse.
Il n’empêche que la Suisse n’aime pas qu’on lui dise en face ses quatre vérités. Elle a tort. La vérité, même en Suisse, même dans un pays qui passe les menottes à un réalisateur de cinéma génial dont le comportement est irréprochable depuis trente-cinq ans, cela fait du bien. La Suisse, oui, a accueilli des juifs. Oui, elle a sauvé des vies. Nous voudrions qu’elle accepte, mais qu’elle accepte vraiment, de dire qu’elle en a détruites. Qu’elle a refusé l’asile à des juifs morts à cause d’elle et de son ignominie. Et que lorsqu’on refuse l’asile à des juifs pendant la guerre au nom de la neutralité, on n’arrête pas un juif en 2009 au nom de la même neutralité : car cela commence à faire beaucoup de juifs qui ont des problèmes avec la Suisse. Je dis, je redis ce que je pense : Roman Polanski a aussi été arrêté parce qu’il est juif. Je n’en démordrai pas. Je suis désolé mais je dis ce qu’est, dans sa sincérité la plus pure, le fond de ma pensée.
Merci de m’avoir lu.
EXTRAIT DE LA COMMISSION BILGIER
“La Suisse et les réfugiés juifs à l’époque du national-socialisme
Le 22 août 1942, trois Juifs apatrides, Eduard Gros, Hubert et Paul Kan franchissent la frontière suisse, près de Genève. Ils sont arrêtés peu après par la Gendarmerie de l’Armée, reconduits en voiture jusqu’au poste-frontière allemand de La Plaine et obligés à repasser la frontière à pied pour retourner en France occupée. Dès que ces réfugiés aperçoivent les policiers allemands, ils sautent dans le Rhône et retournent, à la nage, sur la rive suisse. Désespérés, ils supplient les autorités de leur accorder l’asile, en vain. L’un d’eux tente de s’ouvrir les veines. Prévenant cette tentative, les gardes-frontières et les soldats suisses traînent les trois hommes qui se cramponnent les uns aux autres, pour les éloigner de la berge et les remettre aux fonctionnaires allemands qui s’apprêtent à les recevoir. Vu la résistance des trois réfugiés, l’extradition s’avère impossible. Comme il faut éviter d’attirer l’attention par des actions intempestives, l’officier de police de l’Arrondissement territorial de Genève, Daniel Odier, a convenu avec les fonctionnaires frontaliers allemands la remise officielle des réfugiés sur le sol de la France occupée. Les trois Juifs sont finalement arrêtés par la police frontalière allemande et, comme l’ont rapporté plus tard d’autres réfugiés, ils sont internés dans la prison de Gex. Le 18 septembre 1942, Eduard Gros, Hubert et Paul Kan seront déportés vers Auschwitz via Drancy.” Rapport Bergier, p. 145
sur Yahoo!
Suisse, France, Allemagne, etc. Quelle est l’importance. Les pouvoirs, partout, ne sont que ce qu’ils sont. Pas un pour racheter l’autre. Pas un qui n’ait ses cadavres dans ses placards. Vous vous en prenez à la Suisse. Grand bien vous fasse. Vous attaquez à présent “les suisses”, faisant un amalgame de tout un peuple, cela devient grotesque. Je suis suisse. Parce que mes ancêtres huguenots ont fuit leur région pour s’installer plus à l’est, dans les montagnes, parce que Napoléon plus tard a décidé que cette région serait dans une département du Simplon, parce que les puissances qui l’ont vaincu ont décidé de l’attribuer à la Suisse. A cette époque, il n’y a pas eu manipulation génétique. Mes ancêtres de 1815 ne se sont pas vus injecter un gêne qui feraient d’eux, par un tour de magie, des banquiers, des salauds ou de lâches profiteurs.
Vos propos, tout suisse que je suis, me laisseraient absolument froid, s’ils n’avaient le tord de renforcer les travers que je dénonce aussi. Vous savez peut-être tout du buzz médiatique, mais êtes ignorants de la psychologie. La plupart des gens, qu’ils soient suisses ou de n’importe quelle nationalité, se replient sur soi une fois confrontée à de telles attaques disproportionnées. Est-ce cela que vous souhaitez? Dans ce cas, vous nuisez à mon propos et à celui de toutes les personnes qui s’engagent, plus pour améliorer notre société que pour entretenir leur notoriété.
http://www.youtube.com/watch?v=HasrOSsM4do
Génial! C’est tout ce que j’ai à dire. Vraiment inspirée dans l’esprit de propagande ! Coup de marketing littéraire irréprochable ! Félicitations ! Va dans le marketing et oublié surtout le cinéma !
Voici un français qui porte le même nom marrane que le mien et qui aime la Suisse! Toute cette diatribe dénote un auteur qui connaît parfaitement bien mon pays, ses qualités et ses défauts. Il est vrai que l’affare des fonds juifs m’a profondément choqué et depuis je ne fais guère confiance à nos banques. J’ai aussi été déçu que nous ayons dû intervenir lourdement pour sauver la plus arogante de ces banques.
Par contre, je suis satisfait que la Suisse ait traité Polanski comme chacun d’entre nous. On ne peut pas exiger l’exception parce qu’on est un artiste brillant! La Suisse souffre d’ailleurs lourdement d’avoir traité le fils Kadafi comme vous et moi. A cause de cela deux de nos ressortissants sont retenus en otage en Lybie depuis plus d’un an et de nombreuses entreprises ont dû plier bagage de Lybie en y laissant tout en plan.
Bien à vous.
hermann
Vous n’avez pas tort sur le fond. Je suis Suisse et il est vrai que le silence est d’or, mais de là à dire que Polanski a été arrêté parce qu’il était juif! C’est une plaisanterie??? Votre théorie est totalement farfelue et inappropriée. Ce n’est pas parce que votre tirade est relativement vraie qu’il faut conclure, juste pour conclure, en disant une connerie pareille!
En effet, nous détestons les juifs. c’est quelque chose de génétique. le suisse naît avec la haine du juif chevillée au corps. la méthode est simple; la suisse appate le juif à coup de montagnes sublimes, de chocolat au lait et de secret bancaire. Lorsque le juif se sent en sécurité, le suisse peut alors laisser libre cours à son instinct et refermer ses griffes sur sa proie. on aime bien. C’est pour ces mêmes raisons génétiques qu’aucun mouvement de résistance, aucun jean moulin ne s’est opposé au régime nazi pendant la dernière guerre (et pas parce que la suisse n’a pas été occupée, contrairement à ce que l’on pourrait penser). en eut-il d’ailleurs été autrement, notre puissante armée n’aurait fait qu’une bouchée de l’allemagne, au besoin en lui donnant des sous. Nous aimons bien les sous et le suisse ne tend que vers un seul but, en amasser le plus possible dans les catacombes pestilentielles de nos villes si propres, dût-il pour cela flatter le puissant, piétiner le faible, offrir ses orifices aux dictateurs…
Les sommets immaculés qui protègent la suisse du monde extérieur ont fait de son peuple une masse homogène, cohérente, où nulle contestation ne vient troubler les valeurs qui font notre fierté et notre succès: égoïsme, antisémitisme sournois, discrétion et appât du gain. on est obsédés par les montres aussi. c’est même assez fou ce que le suisse ne peut penser qu’à ça.
on peut comprendre au vu de ce qui précède, la haine que le suisse porte aux français. ces français, dont la nature est de porter si haut et en toutes circonstances les droits de l’homme. cette france qui a su apporter aux peuples obscurs ses flamboyantes lumières et les accueillir aujourd’hui si harmonieusement en son sein. cette france de la résistance, cette france dont les actes sont dictés par des valeurs auxquelles les suisses sont par nature étrangers, cette france, enfin, qui n’a jamais craint la remise en cause et l’autocritique.
Pour terminer, nous haïssons d’une manière générale le reste du monde qui contrairement à nous ignore le cynisme.
on se rend vite compte que vous aimez donner des coups (à tous les gens que vous pouvez égratigner) mais n’acceptez pas d’en recevoir. Facile de pianoter sur son clavier, mais en face à face avec la critique vous êtes incapable de vous défendre, mis à part des timides “vous êtes durs” “vous êtes d’une dureté”… Le but de l’émission n’était pas d’argumenter sur votre livre?
http://www.dailymotion.com/video/x4pqko_zemmour-face-a-yann-moix_news
Au risque de passer pour un imposteur, je dis bravo à une bonne partie de ce texte! Oui, la Suisse est un pays hypocrite et l’à toujours été. En tant que citoyen, je m’en aperçois tous les jours, dans les petits silences complices et faux de la majorité de ses habitants ainsi que dans leur agressivité et petitesse de jugement, dans le comportement des politiciens qui sous de faux prétextes, ne font que tirer la couverture à eux et, évidemment, à l’attitude écœurante à l’égard de M. Polanski qui n’a jamais commis aucune faute dans ce pays et qui pourtant y a été enfermé comme un malpropre alors que, une fois de plus, les Américains s’en lavent les mains..Le fait que M, Polanski soit juif ne fait que confirmer et approfondir le malaise du racisme sous-jacent qui gangrène ce pays..
Nous n’avons pas attendu Moix pour débattre de l’attitude de la Suisse envers les Juifs pendant la 2ème guerre, ni le rapport Bergier. Je me rappelle, par exemple, l’excellent film (celui-là) “Das Boot is voll” sorti début des années 80.
Le fait que Polanski soit juif n’excuse en rien le fait qu’il ait peut-être commis un acte pédophile. A quoi sert-il d’organiser des marches balanches dans toute la France si, pour le jour où une personnalité est concernée, les excuser…
Doit-on attendre que tous les criminels soient au soir le leur vie, afind e savoir s’ils ont récidivés, pour les condamner?
Pour conclure, si tous les Suisses n’ont hélas pas la chance de posséder l’acuité intellectuelle de feu mon ami Jacques Chessex, les français et les juifs non plus….
Texte partisant, hors du temps, qui ne reflète rien de la Suisse actuelle, qui fait d’un cas particulier une généralité.
Un texte acusateur, sans intérêt qui a la force d’être tellement nul et provocateur qu’il permet à son auteur une publicité gratuite et probablement bienvenue pour un auteur qui s’il l’a écrit avec raison ne mérite pas tant de visibilité.
Je vous invite chez moi Yann pour vous montrer ce qu’est la Suisse. Un pays ouvert et acceuillant. Qui n’a pas besoin de provocateurs puisque tout le monde y est écouté et considéré. La provocation est l’outil du faible marginal que l’on n’entend pas.
Quand on se concentre sur les erreurs tout devient forcément moches et criticables. Quand on cherche le mal et qu’on s’y complaît, forcément on voit plus rien d’autre. C’est votre cas et c’est bien dommage.
Enfin vous faites probablement partie de ces gens qui se nourrissent de la critique et de la controverse, donc tout mes efforts ne saurait être que vainc.
Que la vie vous pardonne et vous donne l’envie d’aimer votre voisin plutôt que de le stigmatiser…
Un-salaud-de-banquier-nazi-neutre-suisse.
Quand je vois qu’un pays, le mien, est encore capable de susciter de telles haines, j’en suis à la fois rassuré et ragaillardi : ce n’est pas demain que nous sombrerons dans la banalité qui provoque l’indifférence ennuyée.
Un salaud fier de l’être au nom de plusieurs
P.S. – A propos de la politique fédérale pendant la Deuxième Guerre mondiale, je tiens à préciser que le gouvernement n’avait qu’une seule et unique mission : épargner la guerre au peuple qui l’avait démocratiquement porté au pouvoir. Cet objectif a été atteint avec les moyens qui ont paru les mieux appropriés au moment où il fallait raisonner en termes d’avenir en ignorant l’issue de la guerre. Je ne vois rien à ajouter…